EXCLUSIF. Lettre ouverte à David Lisnard

David Lisnard/DR
David Lisnard/DR

Cher David Lisnard. J’ai deux mots à vous dire.

De tous les médias français, FL24 est celui qui s’est le plus intéressé à votre possible candidature à la Présidence de la République. Nous ne regrettons rien. Mais pourquoi l’avons-nous fait?

Parce que l’article du Figaro qui a lancé votre popularité foudroyante, et où vous dénonciez les monstruosités de la bureaucratie française, était insolent, brillant, lucide et fort.

Parce que votre enfance de fils de petits commerçants et votre passé de chef d’entreprise indiquaient un homme différent, sorti d’un autre moule que celui de l’ENA et de l’élitisme héréditaire.

Parce que votre foi catholique, assumée sans complexes, laissait entendre que vous étiez un authentique Occidental, conscient de la richesse et de la profondeur de notre civilisation, comme des dangers du communisme et de l’islam.

Parce que votre vision de l’économie donnait envie de voir à l’œuvre votre volonté de libérer le commerce sous toutes ses formes, avec le plus sain des objectifs: le retour, toujours possible, de la splendide prospérité française.

Parce que votre refus de vous mêler aux calculs lamentables de LR en PACA vous conférait une aura d’intégrité fort séduisante.

Parce que votre réussite à la mairie de Cannes, et votre éclatante réélection dès le premier tour avec 88% des voix, prouvaient que vous étiez réellement respecté et aimé par vos administrés. On pouvait donc raisonnablement imaginer que, vous aussi, vous les aimiez et les respectiez. C’était de bon augure pour le pays.

Parce que votre style décomplexé, ouvert, franc, viril, tranchait délicieusement avec les préciosités, les fragilités et les lâchetés du personnel politique contemporain.

Parce que vous accusiez Emmanuel Macron pour les bonnes raisons et avec les bons mots.

Parce que, comme vous le laissiez entendre à demi-mots, vous étiez prêt à vous lancer dans la grande bagarre présidentielle, d’innombrables citoyens français vous ont cru. Des électeurs LR et RN, des abstentionnistes, des centristes, des patriotes, qui ont annoncé d’une seule voix: j’y crois, je suis avec lui. Nous avons pris plaisir à être leur porte-voix, sans jamais avoir eu le moindre contact d’aucune sorte avec vous. Nous l’avons fait comme tout ce que nous faisons: en hommes libres.

Vous avez créé votre parti et beaucoup y ont adhéré. Dans un pays appauvri et épuisé, ils vous ont donné un peu d’argent et beaucoup de temps et d’énergie, ils ont tenté de convaincre autour d’eux, ils y sont souvent parvenus, ils ont créé des groupes Facebook, des réseaux, milité pour vous par anticipation. Ils attendaient votre déclaration de participation à la primaire de la droite fin août. Ils étaient chauds-bouillants, comme on dit. Et vous n’avez jamais cherché à les en dissuader, bien au contraire. Ils se sentaient discrètement poussés en avant par votre volonté.

Et puis… plus rien. Ils ont appris que vous étiez candidat… à la présidence de l’association des Maires de France. Soudain, ils ont eu l’impression d’être abandonnés avant même le début de la bataille, par le général sur lequel ils avaient tant misé.

Et votre silence est devenu lourd. Chaque jour qui passe, ce mois-ci, les conforte dans l’idée que vous reculez devant l’obstacle. C’est pour eux une cruelle déception. Et une seconde déception, plus grave encore, s’y ajoute: le sentiment que vous n’avez pas le cran de leur dire en face que vous laissez tomber la bagarre suprême.

Et cela, voyez-vous, cher David, ils ont un tout petit peu de mal à le comprendre. Comme ce sont des gens bien, ils restent polis. Ils ont encore de la sympathie pour vous, sinon un reste d’admiration. Toutefois, ils attendent de votre part, faute de témérité, un minimum de courage: celui d’assumer de les avoir déçus. Celui d’avouer votre erreur. Non, vous n’étiez pas prêt, se disent-ils, et vous auriez dû le dire dès que vous l’avez compris. C’est cela, un homme, cher David: quand ça casse quelque chose, ça le répare. Partout en France, vos supporters attendent un message d’au revoir de votre part.

Bien entendu, il reste la si belle éventualité de vous voir concourir, avec eux et pour eux. Oui, vous pouvez encore foncer sur l’élection présidentielle. Vous ne démarrerez même pas en retard sur les autres. La porte n’est pas fermée. Pas encore. Mais, si vous ne souhaitez plus l’ouvrir en grand et la franchir en conquérant, de grâce, cessez de vous maintenir dans cet entrebâillement silencieux qui vous va comme un costume étriqué, froissé: inélégant. Votre indécision devient gênante et ressemble beaucoup trop à un en même temps macronien.

Si vous y allez, vous serez suivi, soutenu, encouragé. Si vous échouez, personne ne vous en voudra. Alors, au pire, passez votre tour officiellement, et non en douce, tel un traître à votre propre cause. Et rendez-vous en 2027: pourquoi pas?

En juin 2010, Dominique de Villepin créait son parti, République Solidaire, en vue de la présidentielle 2012. En septembre 2011, il le quittait, laissant tous ses militants sur le carreau, stupéfaits, dépités, traumatisés. Il ne leur présenta pas d’excuses, et encore moins de regrets. Il ne produisit aucun mea culpa d’aucune sorte. Il s’enfuit de son poste de combat en lançant au vent mauvais une salve de phrases creuses et arrogantes. Ce fut un spectacle honteux. Ne soyez surtout pas le nouveau Villepin. Un seul suffit.

Il n’y a qu’un Lisnard, et c’est un mec carré, qui n’a pas peur de ses propres décisions, ni de réussir, ni de se tromper parfois. Soyez cet homme. D’avance, pour tous vos amis, passés, présents, futurs, merci.

Pour finir, cher David, si vous voulez mon humble avis personnel, il tient en deux mots: allez-y. La vie est courte, la France est malheureuse, et vous n’avez rien à perdre, sinon la considération des technocrates — vos pires ennemis.

Pascal Tenno

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