Comment la charia fragilise l’économie d’un grand pays: les jeunes réislamisés quittent les banques pour la finance islamique

Image d'illustration / Photo: Fotolia
Image d'illustration / Photo: Fotolia

La montée de l’islamisme en Indonésie détourne les jeunes des emplois “non islamiques” dans la banque, ce qui crée des difficultés d’embauche pour les banques traditionnelles, mais constitue une aubaine pour le secteur de la finance islamique qui explose dans le premier pays musulman au monde.

En effet, la loi islamique interdit les intérêts, connus sous le nom de “riba”. Taux excessif ou très bas, l’intérêt (riba) est sévèrement prohibé et toujours prohibé, constitue un péché et “une déclaration de guerre à Allah”.

Mais ce n’est pas tout pour la “finance islamique”. Outre l’interdiction de la spéculation et des taux d’intérêts, les investissements dans des secteurs tels que l’alcool ou le porc sont également prohibés.

Comme pour tous les interdits coraniques, l’alcool, la drogue, l’adultère, etc., un nombre considérable de musulmans les arrange à leur sauce. Mais, plus il y a de pratiquants rigoristes, plus il y a de problèmes pour la société et pour l’économie.

Cependant, lorsque la société, comme c’est le cas en Indonésie, connaît un retour à une pratique plus rigoriste, cela se répercute aussi dans le monde de la finance. Le refus de “riba” s’inscrit dans le cadre d’un changement sociétal plus large sous l’impulsion de millions de jeunes musulmans “réislamisés” qui adoptent des interprétations plus strictes de l’islam.

Depuis 2018, l’embauche pour les banques et la finance est plus difficile. “Grosso modo, 15 candidats sur 50” refuseraient un emploi au sein de la banque conventionnelle, selon un financier indonésien. “Leur raison est assez claire. Ils veulent éviter le riba.”

Les érudits islamiques ne sont pas tous d’accord sur ce qui constitue le riba. Certains affirment que les intérêts sur un prêt bancaire en sont un exemple, mais d’autres disent que si ces prêts doivent être découragés, ils ne sont pas un péché.

Selon le ministre des finances Sri Mulyani Indrawati, “les emprunts sont autorisés par le Coran, à condition qu’ils soient effectués avec soin et qu’ils soient enregistrés correctement“. On voit bien que la société est obligée de composé avec les règles de l’islam qui ruinent potentiellement l’économie en paralysant les échanges et les investissements.

La banque islamique représente un peu plus de 6% des quelque 634 milliards de dollars d’actifs du secteur bancaire indonésien, mais elle a connu une croissance considérable ces dernières années. L’épargne dans les banques islamiques a bondi de 80% entre fin 2018 et mars 2021, dépassant la croissance de 18% des banques conventionnelles.

La fuite de clients s’accompagne de la fuite d’employés. Un certain nombre de cadres ont quitté le secteur bancaire conventionnel indonésien pour la finance islamique. Les banques offrant des services conformes à la charia profitent de l’occasion pour augmenter leurs parts de marché

Sur l’internet islamique, on peut lire des articles qualifiant le riba de “dix fois plus pécheur que de commettre l’adultère avec sa propre mère“. Cela suffit à persuader de nombreux jeunes qualifiés de quitter leur emploi dans une banque conventionnelle et de rejoindre un prêteur islamique.

Un groupe de soutien en ligne aux employés de la finance qui souhaitent quitter leur emploi “entaché de riba” revendique près de 25 000 membres actifs sur une plateforme de messagerie et possède un compte Instagram avec un demi-million de followers.

Le mouvement dit “hijrah”, une renaissance de la pratique rigoureuse islamique parmi de jeunes Indonésiens de la classe moyenne, est de plus en plus populaire. Beaucoup d’entre eux n’utilisaient déjà pas les banques comme le feraient les jeunes Occidentaux.

Ceci constitue une opportunité pour la finance islamique qui s’adresse à la communauté croissante des “millenials”, plus religieux. La startup ALAMI, spécialisée dans les prêts islamiques, s’attend à ce que les produits financiers islamiques décollent vraiment d’ici deux à trois ans, à mesure que le mouvement hijrah gagnera en maturité et qu’il aura un impact sur “le style de vie, l’apparence, la nourriture et les voyages“.

Source: Reuters

2 Commentaires

  1. Je pensais d’abord en lisant le titre que l’article parlait de la France, avec les mots “charia” et “fragilise”.

    Il est vrai que j’avais un léger doute quand même, l’expression “grand pays” ne me semblant plus convenir au nôtre, tombé au 36ème dessous.

    Finalement tout s’explique.

  2. L’endettement abyssal de la France n’est il pas du aux taux d’interets prélevés par les banques depuis la loi pompidou giscard de 1973 ?
    Les interets, c’est la mise en esclavage de l’humanité . Regardons autour de nous, nous y sommes en plein dedans.

LAISSEZ UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici