Apologie du terrorisme: deux jeunes artistes “enculistes” relaxés

Photo: DR

Pour avoir placardé dans Paris des affiches ambiguës qui singeaient les codes esthétiques de Charlie Hebdo, deux jeunes “artistes” étaient poursuivis pour “apologie de terrorisme”. Ils ont été relaxés mercredi.

Luc V. et Loïc C. ne s’attendaient pas du tout à être poursuivis pour une infraction à caractère terroriste. Début 2021, Luc V. et Loïc C., respectivement âgés de 20 et 26 ans, ont collé sur les murs de Paris une vingtaine d’affiches à fond noir parodiant la Une et les codes graphiques de Charlie Hebdo.

Sur les affiches, en gros caractères, figuraient ces mots: “Entre nous, on l’a bien cherché”. En dessous, en tout petit, on pouvait lire un début d’explication: “Pas de panique, ce n’est qu’une affiche d’enculés. Pour arrêter d’être un enculé: faites-vous interner”.

Luc V. et Loïc C. sont en effet les fondateurs d’un micro-mouvement “artistique” se réclamant du dadaïsme, qu’ils ont élégamment baptisé du nom des “enculistes”.

À mesure que ce monde évolue, de plus en plus de choses nous paraissaient absurdes, tronquées ou parodiques”, avaient-ils annoncé sur leur site internet.

En réaction, il prétendaient proposer un “nouvel art subversif” reposant sur plusieurs autres affiches, dont une montrait le tueur en série Charles Manson, et une autre les “Twin Towers” de New York le 11 septembre 2001.

Mais le moment choisi était catastrophique: leurs affiches ont été collées le 7 janvier 2021, jour anniversaire du massacre commis par les frères Kouachi, et ils en ont posé à proximité des anciens locaux de Charlie Hebdo, rue Nicolas-Appert, encore frappés par un attentat au hachoir deux mois plus tôt.

Le moins qu’on puisse dire est que le message n’est pas passé: les deux “artistes” ont été placés en garde à vue et poursuivis pour “apologie du terrorisme”, une qualification pour laquelle ils encouraient 5 ans de réclusion…

“La question est de savoir si cette affiche est une apologie du terrorisme”, a attaqué le président du tribunal. “C’est une Une qu’ils auraient pu faire”, a rétorqué Loïc C., revendiquant un “esprit Charlie” et même “un hommage”  au journal.

La phrase ‘Ils l’ont bien cherché’ nous est renvoyée dans la figure depuis des années par ceux qui nous haïssent”, a confirmé une membre de la rédaction qui, interrogée par les policiers, avait pourtant trouvé les visuels “odieux et lâches“. Visiblement, les rédacteurs de Charlie ne sont pas trop Charlie… Dans la provocation et l’humour, il y a une limite à ne pas dépasser: leur propre susceptibilité.

Après une heure de délibéré, le tribunal s’est dit convaincu par les petits caractères de l’affiche qui confèrent “une connotation satirique” au “travail’ de Luc et Loïc. Ils ont été relaxés.

Reste à voir si cette étrange affaire fera d’eux des superstars de l’art contemporain. Dans l’état où il est, pourquoi pas?

Source: Marianne

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