Affaire Adama: Le témoin-clé a parlé, mais qu’a-t-il dit?

Assa Traoré, la soeur du voyou Adama Traoré/DR
Assa Traoré, la soeur du voyou Adama Traoré/DR

À l’issue de l’audition du témoin-clé dans l’affaire Traoré, les avocats des deux parties ont présenté deux versions contradictoires, chacun y voyant la démonstration de sa thèse dans ce dossier sensible.

On ne connaît pas son identité, mais c’est chez lui qu’Adama Traoré s’était réfugié il y a quatre ans, juste avant son arrestation par les gendarmes et sa mort. Il était entendu par les juges d’instruction pour la première fois jeudi dernier, en présence des avocats de la famille et de la défense.

L’état de santé dans lequel se trouvait Traoré avant l’arrivée des gendarmes  est en effet le point central du dossier: plusieurs expertises judiciaires ont estimé que son pronostic vital était “engagé de façon irréversible” avant l’arrestation, mais elles sont contestées par les médecins de la famille.

Et les expertises médicales judiciaires ayant exonéré les gendarmes dans la mort du jeune homme de 24 ans s’appuyaient notamment sur le témoignage initial de cet homme, dix jours après les faits.

Le témoin disait initialement avoir trouvé Traoré assis devant sa porte, “essoufflé” après une course-poursuite en pleine canicule. “La seule chose qu’il me dit, c’est: “tire-moi“. Je ne l’ai jamais vu dans un état pareil. Il n’arrivait pas à parler. Il respirait bruyamment », avait-il expliqué aux enquêteurs.

Lors de l’audition de jeudi, à laquelle Le Monde a eu accès, le témoin aurait  indiqué qu’il a découvert Adama Traoré épuisé, peinant à s’exprimer. “J’ai essayé de parler avec lui, il ne répondait pas. Je lui ai demandé une seconde fois ce qui lui arrive. Il y avait un truc blanc qui sortait de sa bouche“, retranscrit le quotidien.

Selon les avocats des gendarmes, le témoin “a conforté la version qui avait été la sienne précédemment, et notamment sur un élément extrêmement important qui est l’état d’épuisement dans lequel Adama Traoré arrive à son domicile, en ayant même indiqué aujourd’hui qu’Adama Traoré lui aurait dit, avant que les gendarmes n’interviennent et ne l’interpellent, la phrase suivante : “Je vais mourir”.”

C’est un élément capital qui vient conforter les expertises médicales“, estiment Rodolphe Bosselut et Sandra Chirac-Kollarik. Mais Yassine Bouzrou,  l’avocat de la famille Traoré, donne une tout autre version.

Il a affirmé que les éléments contenus dans son procès-verbal d’audition étaient faux. (…) Il a dit qu’Adama Traoré ne souffrait pas de détresse respiratoire, ne respirait pas bruyamment avant l’interpellation”, a-t-il déclaré, assurant que le témoin s’était “rétracté“.

Et les avocats ont également un autre point de discordance, concernant la durée de la procédure d’interpellation. La défense se fonde sur les déclarations de ce fameux témoin-clé pour évoquer une durée “d’une à deux minutes”, tandis que l’avocat des parties civiles parle quant à lui d’une durée de neuf minutes.

On s’y perd… pour l’instant, mais il ne fait aucun doute que l’intégralité du témoignage sera prochainement publié et que chacun pourra se faire une opinion. Le témoin, lui, souhaite garder l’anonymat et a dû déménager, craignant pour sa sécurité. Sans doute à juste titre.

Source: 20 Minutes

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