Dictature économique: ils veulent faire disparaître l’argent liquide!

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Les différences entre votre carte de crédit et un billet de banque sont innombrables, mais il en est une qui change absolument tout: quand vous payez en espèces, cela ne regarde que vous, et l’État n’en saura jamais rien. Quand vous payez par carte, votre achat entre dans la grande banque de données financière, fiscale, et même policière de l’État. Bref, votre transaction est fliquée par tous les organismes du pouvoir.

Les États et les grandes banques ont une nouvelle obsession: faire disparaître les espèces de la surface de la terre.

Olivier Babeau, président de l’Institut Sapiens et professeur en Sciences de Gestion à l’université de Bordeaux, explique magnifiquement en quoi ce projet est une monstruosité. Morceaux choisis.

“Avec la disparition du liquide, nous perdrons surtout l’un de nos derniers grands espaces de liberté. À l’heure où les rues sont quadrillées de caméras, le liquide nourrit des échanges économiques passant plus facilement sous le radar de l’État. La vérité que la puissance publique n’avouera jamais, c’est qu’au-delà de l’évidente lutte contre la criminalité et le terrorisme, la fin du cash est la clé d’un contrôle beaucoup plus parfait des populations.”

“Le liquide est cet outil des petits arrangements où, dans l’exclusivité d’une relation entre deux personnes, loin des yeux de l’État, s’échangent les petits paiements du quotidien: étrennes, cadeaux, menus services, ventes d’occasion et dons divers (dont la quête de la messe du dimanche pour les catholiques). Autant de moments que l’État, impécunieux, rêve de connaître et de fiscaliser d’une façon ou d’une autre.”

“Il est significatif que la Chine ait enclenché très rapidement le recul du liquide. Il ne s’agit évidemment pas de la traduction d’une simple ardeur technophile: c’est l’effet d’une volonté de contrôle des transactions complétant les contrôles des échanges sur les réseaux sociaux et des déplacements. Souvenons-nous des étudiants de Hong Kong prenant soin de payer en liquide leur ticket de métro pour ne pas laisser la trace de leur participation à une manifestation. Une possibilité qui aura bientôt disparu chez nous aussi, où même le billet anonyme tendra à reculer au profit de badges de passage permettant de nous identifier.”

“Les États avaient réussi à obtenir, il y a des siècles, le monopole de la monnaie, ce qui leur a permis notamment de financer leurs dépenses avec de l’argent produit à volonté (au prix d’une dévaluation qui ruinait les créditeurs, mais qu’importe). La fin de l’argent liquide est l’acte deux de cette prise de pouvoir: il s’agit de placer tous les échanges sous leur regard et d’instituer des sortes d’octrois virtuels dans chaque interstice de notre vie quotidienne.”

“Si le liquide disparaît, les zones d’ombres, heureusement, ne disparaîtront peut-être pas entièrement: les cryptomonnaies devraient pouvoir jouer ce rôle d’instrument d’échange entre particuliers. Mais, si leur échange est plus aisé car il présente tous les avantages de la dématérialisation, leur conversion en monnaie scripturaire ayant cours officiel n’est pas directe. Pleurons la fin du cash et craignons un monde sans argent liquide.”

Une chose est certaine: la disparition des espèces plongera les moins riches dans le désespoir. Car interdire le liquide, c’est interdire la charité, ce petit coup de pouce du passant qui permet au mendiant de s’acheter un sandwich et de tenir 24 heures de plus. Même l’argent de poche des enfants pourra être controlé et surveillé! C’est faire rentrer l’activité la plus humble dans la broyeuse bureaucratique. C’est faire de tous les aspects économiques de la compassion, de la générosité, de l’amitié, de l’intimité, un monopole d’État: seule l’assistanat par les fonctionnaires sera autorisée. En clair, c’est surveiller chaque mouvement de chaque centime comme s’il était un crime.

À coup sûr, la disparition des espèces provoquera un choc civilisationnel catastrophique. On n’est même pas certain que la civilisation puisse y survivre. Mais les puissants ne voient qu’une chose: le surplus de puissance qu’une telle folie leur apportera.

Trois pouvoirs ont tenté de faire disparaître l’agent liquide: les jacobins pendant la Révolution française, les bolchéviques de Lénine, et les khmers rouges de Pol Pot. Les trois fois, cela s’est soldé par un cataclysme, la famine, et le totalitarisme. Il n’y a aucune raison pour que, cette fois, les conséquences soient différentes.

Abolir les espèces est un crime contre l’humanité.

Source: Le Figaro

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