Moubarak, le socialiste qui pesait 70 milliards de dollars, est mort

Photo / Le Parisien / DR
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Hosni Moubarak est mort en prison, à l’âge de 91 ans. Ce fut un des dictateurs arabes les plus puissants des 50 dernières années. Le Monde retrace son parcours unique. Nous vous livrons les meilleurs passages: ceux qui concernent la politique de Moubarak vis-à-vis de l’islamisme en général, et des Frères musulmans en particulier.

Et nous concluerons sur un sujet que Le Monde oublie de souligner.

“Dès son arrivée au pouvoir, il fait condamner à mort les assassins de Sadate et envoie en prison une bonne partie de leurs mentors et acolytes. A leur sortie, ils sont expédiés en Afghanistan pour y mener la guerre sainte contre l’envahisseur soviétique. En contrepartie, il fait d’importantes concessions à ceux ayant abjuré la violence, à commencer par les Frères musulmans, qui ont toute latitude pour islamiser la société dans l’éducation, la culture et les médias.”

“Sur un plan intérieur, la confrontation avec les extrémistes islamistes, de retour d’Afghanistan, reprend de plus belle dans les années 1990. La vague de violence, qui culmine avec l’attentat manqué de peu contre Hosni Moubarak à Addis-Abeba en 1995 et la tuerie de Louxor en 1997, est désastreuse pour une économie reposant sur le tourisme. Moubarak réussit à en venir à bout au prix d’une répression et de violations massives des droits de l’homme. Mais, dès 2004, l’Egypte est à nouveau la cible d’attentats terroristes de type Al-Qaida, justifiant une répression sans merci dans le Sinaï et le maintien de l’état d’urgence.”

“Faute de faire une place à une opposition libérale, seule capable de faire idéologiquement contrepoids à l’islamisme, Hosni Moubarak ne réussit pas à freiner l’islamisation rampante de la société, au profit notamment des Frères musulmans, qui réussissent, fin 2005, à décrocher 88 sièges de députés.”

C’est ça Moubarak: un homme qui n’aura jamais réussi à freiner les Frères musulmans, mouvement né en Égypte et dont le quartier général mondial est au Caire. Il aura passé sa vie à les réprimer, puis à pactiser avec eux, puis à les re-réprimer, puis à re-pactiser, jusqu’à perdre le contrôle de la situation. Il était puissant, il était brutal et habile, mais les Frères étaient beaucoup plus rusés et encore plus têtus que lui. Nos gouvernants devraient méditer cette victoire des Frères musulmans.

Le Printemps Arabe chassera Moubarak, les Frères prendront le pouvoir, dont ils seront chassés par un bain de sang signé Al-Sissi.

Mais il y a un autre élément de la biographie de Moubarak, sur lequel Le Monde ne s’attarde pas assez: sa fortune. 70 milliards de dollars, ce qui en faisait un des hommes les plus riches au monde, appartenant au le même club que Bill Gates et Bernard Arnault. Cet argent, l’a-t-il gagné par son travail, ou par son talent? Pas du tout. Il l’a intégralement volé à son peuple, en mettant au point un système de corruption généralisée. Il faut y penser, chaque fois que l’on réfléchit à la grande pauvreté de l’Égypte.

Et, maintenant, il faut être clair, et dire ce que Le Monde ne précisera pas: Moubarak, Kadhafi, Ben Ali, tous les trois ont fini multimilliardaires… et tous les trois étaient membres de l’Internationale Socialiste, tout comme le PS français. Pour mémoire, l’Internationale Socialiste a été longtemps dirigée par Pierre Mauroy, Premier ministre de Mitterrand, puis par Ségolène Royal.

Oui, les tyrans qui ont été chassés par le Printemps Arabe étaient de gauche: de vrais socialistes. En France, on a trop souvent tendance à l’oublier.

Source: Le Monde

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