Sous la pression de la Russie, Marine Le Pen lance un emprunt

Photo/Wikimedia Commons
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Hier, Marine Le Pen faisait une annonce fracassante: pour renflouer ses comptes bancaires de plus en plus fragiles, le RN lance un emprunt “à un taux d’intérêt intéressant de 5%” à l’attention de tous les patriotes. L’idée peut sembler aberrante, ou originale, voire même enthousiasmante pour les fans les plus hardcore de Marine, mais en creusant un peu, on découvre un énorme problème: cette proposition repose sur un mensonge par omission.

Marine Le Pen accuse les coupables, selon elle, de la situation dramatique de ses comptes: le système électoral français et les banques françaises. L’ennui est que la vérité est ailleurs.

En 2014, en voyage à Moscou, Marine Le Pen et son parti contractaient un emprunt de 9 millions d’euros auprès des banquiers de Poutine. Six ans plus tard, les Russes veulent leur argent. Or, Marine l’a dépensé. Elle n’a plus de quoi honorer sa dette. Elle est convoquée, le 2 juin prochain, de nouveau à Moscou, pour s’expliquer sur son défaut de remboursement.

Marianne a plongé dans le dossier et explique le dédale financier où s’est enfermée Marine Le Pen.

“Le parcours rocambolesque de cette créance, contractée en 2014 auprès d’une banque russe, la First Czech Russian bank (FCRB), en faillite depuis juillet 2016, puis revendue à une société de pièces détachées pour avions, Aviazapchast, détenue par d’anciens militaires réputés proches des services secrets russes, après avoir transité, en mars 2016, par Konti, une société russe de location de voitures, est en effet insolite. D’autant qu’au passage, le propriétaire et dirigeant de l’époque de la FCRB, Roman Popov, a quitté la Russie sans laisser d’adresse. Un mandat d’arrêt international a été lancé contre lui en avril 2018. Il lui est reproché d’avoir procédé à 32 opérations frauduleuses dans la semaine précédant la faillite de la banque, détruit une grande partie des archives de l’établissement, et détourné à son profit 400 millions de roubles (5,7 millions d’euros). Le fait qu’une majorité des protagonistes de cet épisode politico-financier, digne d’un polar, soient proches des cercles du pouvoir en Russie, ajoute du piment à l’intrigue.”

Et les ennuis ne font que commencer…

“Après un court transit chez Konti, une société moscovite de location de voitures, liée par son capital à la banque FRCB, la dette du parti est rachetée en 2016 par Aviazaptchast, dont l’unique actionnaire, l’oligarque Valery Zakharenkov, au train de vie tout sauf modeste, serait selon le German Marshall Fund lié aux services secrets russes. Descendante d’une entreprise soviétique, Aviazagranpostavka, chargée du SAV des appareils soviétiques vendus à l’étranger, Aviazapchast, officiellement, vend des pièces détachées d’avions russes en Asie et en Afrique, ainsi que des métaux pour l’industrie aérospatiale en Inde et en Syrie. À en croire la presse russe, elle est aussi un important fournisseur du ministère de la défense syrien. Un petit tour sur le site internet de la société, qui, apprend-on au passage, est active en France depuis 2009, permet d’identifier certains de ses dirigeants.”

On arrive alors au cœur du labyrinthe…

“Seul membre de la Direction à voir affichée sa biographie succincte, le directeur général, Viktor Djerouk, né en Ukraine en 1965, a servi dans l’armée de 1983 à 1996. Diplômé en 1989 de l’école supérieure militaire de logistique de Gorky (aujourd’hui Nizhny Novgorod), la ville où fut exilé l’académicien Andreï Sakharov, il dirigea le complexe immobilier d’Aviazapchast de 1997 à 2015. Son premier adjoint, Aleksei Chestolapov, dont seule une photo souriante est dévoilée sur le site, sans aucun détail biographique, apparaît en revanche sur celui du parti Russie unie de Vladimir Poutine. Élu de ce parti, et conseiller municipal de la circonscription moscovite de Fili-Davydkovo, on apprend que Chestolapov, né en 1954, est ingénieur militaire d’aviation. On peut se demander pourquoi cette prospère société du complexe militaro-industriel russe, apparemment bien éloignée de la scène politique française, est allée racheter la dette du FN. Et, surtout, pourquoi réclame-t-elle aujourd’hui son dû?”

Selon L’Opinion, même certains dirigeants du RN admettent, off, que l’emprunt “patriotique” et l’emprunt “russe” sont directement liés.

En résumé, le RN a mis le doigt dans une mécanique qui risque de lui dévorer le bras entier. En convoquant Marine Le Pen à Moscou, la Russie annonce clairement la couleur: “La fête est finie. Rends l’argent, ou tu vas prendre très cher.”

Où les choses se compliquent encore, c’est que le Kremlin, en accordant un prêt aussi important en 2014, savait très probablement que le RN aurait le plus grand mal à le rembourser. Si ce schéma est vrai, alors Marine Le Pen se trouve prisonnière des sbires de Poutine. Ils ont les moyens de la plonger dans la faillite. Et, surtout, ils peuvent faire pression sur elle pour obtenir, en dédommagement, autre chose que de l’argent. Mais quoi? La politique russe a ses mystères que l’intégrité ignore.

Sources: Marianne, L’Opinion, Youtube

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