DÉCRYPTAGE. Marine Le Pen candidate à la prochaine présidentielle

Photo/Wikimedia Commons
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Elle l’a annoncé ce matin, lors de la présentation de ses vœux à la presse, à son QG de Nanterre. L’annonce a surpris par son caractère très en avance sur le calendrier politique français: elle est la première à se lancer dans la course présidentielle de 2022. Bien plus qu’une anecdote prévisible, c’est une stratégie mûrement réfléchie qui se met en place. Mais laquelle?

Question: Marine Le Pen pouvait-elle ne pas se présenter pour 2022? C’était très peu probable, eu égard à sa position de star de la politique, de seul leader reconnu de son parti, et considérant la position très solide du RN dans les sondages. Si elle a explosé en vol lors de son face-à-face contre Macron, elle bénéficie d’un socle électoral largement assez solide pour tenter sa chance une nouvelle fois.

Deuxième question: dans quel but? Gagner, être élue Présidente de la République, évidemment. Sa carrure lui interdit désormais toute “candidature de témoignage” destinée à négocier des portefeuilles ministériels entre les deux tours. Désormais, soit elle sort victorieuse de la bataille, soit elle entre dans le camp des losers de la présidentielle, où l’attend son père.

Troisième question, alors: le RN s’est-il amélioré depuis la dernière présidentielle? Chacun sait que, sur les questions de l’immigration et de l’insécurité, le clan Le Pen n’a pas grand-chose à changer, à part actualiser son logiciel pour l’adapter à une situation qui s’aggrave sans cesse, servant les intérêts du RN. Sur ces deux thèmes, le constat de son parti est aujourd’hui partagé par une nette majorité de Français.

Mais ce ne sont évidement pas ces deux sujets qui ont provoqué sa défaite en 2017. Si l’on s’en tient à son débat face à Macron, le terrain où elle a perdu le plus de points fut celui de l’économie. Que ce soit sur l’euro ou sur la sortie de l’Europe, elle a improvisé, cela s’est vu comme le nez au milieu de la figure, et elle l’a payé cher. Les récits des heures précédant le débat confirment qu’elle n’était pas prête.

Sera-t-elle prête cette fois-ci? Rien n’est moins sûr, car le talon d’Achille de Marine Le Pen est d’avoir peu de goût pour cette matière. Or, en France, soit on s’y connaît en économie, et on est de droite, soit on dit n’importe quoi, et on est de gauche. Le programme présidentiel du FN en 2017 regorgeait de mesures socialistes, presque communistes: nationalisations, hausse du nombre des fonctionnaires, planification. C’était excellent pour attirer les communistes dégoûtés du PCF, mais repoussant pour l’électorat de droite traditionnel, qui considérera toujours que deux et deux font quatre.

Le RN a gagné énormément de votes en gauchisant ses intentions en économie, ce qui constituait une rupture majeure avec la ligne historique de son parti (rappelons que le Jean-Marie Le Pen de la fin des années 80 était extrêmement libéral), mais il a aussi perdu la confiance de beaucoup de citoyens qui considèrent le réalisme économique comme un passage obligé, et trouvent le RN beaucoup trop amateur, voire suicidaire, dès qu’il s’agit d’argent. Autrement dit: Marine Le Pen doit-elle choisir de séduire les électeurs de Fillon, ou ceux de Mélenchon? Les deux camps ne sont pas conciliables. Elle va devoir choisir.

Le même schéma se pose à nouveau considérant les questions sociétales. Sur les sujets liés à la procréation, par exemple, la droite traditionnelle, et particulièrement catholique, ne la considère pas comme une alliée fiable. Trop peu croyante, ou trop peu fière d’être croyante si elle l’est vraiment, et trop proche des milieux LGBT, Marine Le Pen inquiète une frange de l’électorat que l’on considère toujours comme mourante, mais qui renaît soudain à l’approche de l’isoloir. Or, quand on connaît un peu les catholiques, on sait qu’ils ne plaisantent pas beaucoup avec ces thématiques. Ils ont failli emmener Fillon au second tour parce qu’il avait su leur parler, mais Marine Le Pen connaît-elle ce langage?

Bref, contrairement à ce que pensent ses fans hardcore, la bataille sera très complexe pour une candidate au positionnement limpide sur l’immigration et l’insécurité, deux sujets majeurs, mais dont les convictions économiques et sociétales sont floues, voire inexistantes.

Le temps où Jean-Marie Le Pen parvenait au second tour à la hussarde est fini. Cette fois, Marine Le Pen n’a que deux possibilités: la compétence de droite, et la victoire possible au bout, ou le bavardage de gauche, et une nouvelle défaite. Elle seule peut décider. Pour le moment, seule candidate officielle, elle est sa seule ennemie.

Source: AFP

 

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