EXCLUSIF. La lettre furieuse d’un postier aux grévistes!

Photo/PixHere
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Il y a ceux qui voient la grève RATP au journal de 20 heures, et il y a ceux qui la vivent. Nous avons sélectionné pour vous la lettre d’un simple postier anonyme, adressée aux grévistes qui bloquent les métros. Il envoie du lourd. C’est une vraie tranche de vie sous le règne de Philippe Martinez.

Nous vous la livrons en intégralité, car il ne faut pas en perdre une miette.

“Merci, les connards de la RATP qui poursuivent la grève depuis 9 jours!

Je rentre chez moi à l’instant. Je vais pouvoir déjeuner… À 16h…

Levé à 4h30 pour pouvoir être à l’heure au boulot (je commence à 6h30), j’ai marché 15 min jusqu’à la gare RER de Val de Fontenay, j’ai pris le RER A à 5h23 puis, à Gare de Lyon, le métro 14 jusqu’à Saint-Lazare puis, faute de métro ou de bus sur le reste de mon trajet, j’ai marché 35 min jusqu’à mon boulot. Et c’est comme ça depuis le début de la semaine! À cause de vous!

Pour rentrer, c’est encore pire : départ du boulot à 13h30, une demi-heure de marche jusqu’à Saint-Lazare, puis le métro 14 jusqu’à Gare de Lyon. Mais là, pas de RER, car il n’y en a qu’aux heures de pointe (16h-19h), donc obligé de prendre le métro 1 jusqu’au château de Vincennes. Là, je suis censé pouvoir prendre le bus 124 pour rentrer chez moi à Fontenay-sous-Bois… mais il n’y en a pas (ou quand il y en a, il est bondé, donc impossible d’y monter)! Alors, obligé de rentrer à pied (30-35 min de marche)! Au total, près de 2h pour rentrer chez moi, alors que je mets 55 min en temps normal!

Ah, et accessoirement, il se trouve que j’ai un bébé, une petite fille, que je dois aller chercher chaque jour chez la nounou à 15h15. Depuis le début de votre mouvement, espèces de gros cons, je n’ai pas pu aller la chercher une seule fois à l’heure, ce qui, je vous le dis, est particulièrement vexant, pour ne pas dire humiliant, quand on est comme moi quelqu’un de bien élevé qui n’aime pas faire attendre les gens (même si ma nounou est compréhensive en plus de très bien s’occuper de ma fille…)!

Au moment où je vous écris, nous rentrons juste chez nous… Je manger en quatrième vitesse pour pouvoir lui donner son goûter dans la tranche horaire habituelle (16h-16h30), pour qu’elle ne soit pas plus perturbée qu’elle ne l’est déjà.

Alors, je sais ce que vous allez me répondre. Vous allez me dire que c’est pour moi que vous faites grève. Non! C’est pour vous! Vous faites grève parce que vous voulez pouvoir continuer à partir à 52 ou 57 ans, et vous exercez un chantage sur le gouvernement en lui beuglant que vous n’arrêterez votre mouvement que lorsqu’il aura retiré son projet de réforme des retraites.

Mais vous savez quoi? Vous savez pourquoi je vous dis que vous ne vous battez pas pour moi mais uniquement pour vous? Eh bien, c’est parce que moi, que cette réforme passe ou pas, ça ne va rien changer pour moi: avec le système actuel, étant donné que j’ai commencé à bosser à 21 ans (oui, pardon, avant, j’ai fait des études, excusez-moi…), je sais déjà qu’à 62 ans, je n’aurai pas suffisamment cotisé pour pouvoir partir à la retraite et que si je veux avoir une retraite à taux plein, je devrai travailler jusqu’à 63, 64 voire 65 ans! Alors, que ce soit rendu officiel par cette réforme, je vais vous dire, ça me fait une belle jambe!

Je suis facteur, je travaille de 6h30 à 7h30 du lundi au samedi, alternativement 42h par semaine, puis 28h la semaine suivante, puis à nouveau 42h, puis à nouveau 28h, ceci sur un cycle de 4 semaines, ce qui fait donc bien 35h par semaine en moyenne, comme l’exige la loi… mais la semaine de 42h, je peux vous dire qu’on la sent passer! Nous travaillons en sous-effectif, dans des conditions déplorables, avec du matériel usager (quand on nous le fournit!), dans une ambiance délétère, sans aucune considération de notre direction. La plupart des gens, désormais, nous détestent, alors que nous ne sommes, nous les facteurs, que les derniers maillons de la chaîne, et ne faisons qu’appliquer le mode de travail choisi par nos supérieurs hiérarchiques sans que nous n’ayons notre mot à dire… Et tout ça pour des cacahuètes (1300 € et des poussières en ce qui me concerne), sans 13e mois (mais avec deux pauvres primes de 200 € dans l’année). Et nous ne pouvons pas partir à la retraite avant 62 ans.

Vous êtes très loin d’être les moins bien lotis sur le marché du travail. Et pourtant, on n’entend que vous…

Je vous écris ceci tout en mangeant des cordons bleus réchauffés au micro-ondes à une heure où on est plutôt censé goûter. Demain, à 4h30, mon réveil sonnera, comme ce matin, et ce sera une nouvelle journée de galère pour moi comme pour des centaines de milliers de gens…

Alors, oui, vraiment, un grand merci à vous…”

Moralité: contrairement à ce que racontent la CGT et SUD, il n’y a pas un front uni des fonctionnaires, tous unis dans une parfaite solidarité de gauche. Il y a aussi, et ils sont nombreux, les fonctionnaires qui bossent. Ceux qui ont une conscience professionnelle. Pour ceux-là, ces deux dernières semaines ont été aussi horribles à vivre que pour les travailleurs du privé.

T’entends, Philippe Martinez?

Source: Facebook

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