Une actrice maghrébine traite un chauffeur maghrébin de “sale Arabe” et écope de 500 euros

Illustration du procès/Wikimedia Commons
Illustration du procès/Wikimedia Commons

Elle est bien coupable d’injure à caractère racial. L’actrice Hafsia Herzi, d’origine tunisienne par son père et algérienne par sa mère, était accusée d’avoir traité de “sale Arabe” un chauffeur Uber lors d’une course à Paris en 2017. Relaxée en première instance, elle vient d’être condamné par la cour d’appel de Paris, suite à l’appel du parquet.

Selon l’avocat de la victime, “c’est une victoire importante pour mon client et au-delà. On ne peut pas user d’injure raciste quelle que soit l’origine du mis en cause.”

Hafsia Herzi a reconnu avoir tenu les propos qui lui ont été reprochés. Elle se permet cependant de regretter qu’on lui fasse un procès uniquement “pour l’argent”, alors que c’est le ministère public qui est à l’origine de l’appel.

Condamnée à une amende de 500 euros au titre du préjudice moral et d’une amende de 800 euros avec sursis, somme assez modeste, pas du tout en adéquation avec son statut matériel, elle annonce quand même vouloir se pourvoir en cassation.

Les faits incriminés se sont produits le 29 novembre 2017, lors d’une course Uber payée par la maison de production de la comédienne franco-tuniso-algérienne. Son employeur lui a commandé une course à Paris, au domicile de l’actrice. Cependant celle-ci modifie la destination, souhaitant se rendre en banlieue parisienne.

Comme c’est son droit, le chauffeur refuse, car il terminait son service et si le domicile de l’actrice se trouvait sur sa route, ça n’était pas le cas pour la nouvelle destination. “En fait, je devais l’emmener chez elle (à Paris), puis attendre qu’elle se change et la conduire ensuite en banlieue“, raconte le conducteur à la barre.

Hafsia Herzi se met alors en colère. Les insultes fusent, notamment “sale Arabe”, et la jeune femme va jusqu’à harceler le conducteur par SMS. Le chauffeur dépose une plainte au commissariat quelques jours plus tard, après avoir fait authentifier les insultes par un huissier.

La ligne de défense de Hafsia Herzi est tout droit tirée de la jurisprudence des ghettos américains ou les Afro-Américains passent leurs temps à  se traiter de “négros”. “L’expression ‘sale Arabe’ entre deux Arabes ou deux personnes ayant des origines maghrébines a une signification ironique qui peut évidemment échapper en l’absence d’explication de texte”. La cour la suit en prononçant le non-lieu.

En suivant, la cour d’appel n’est absolument pas d’accord et prend le contrepied de la sentence. “C’est à juste titre que la victime souligne que le seul terme ‘sale Arabe’ caractérise un propos outrageant, peu importe que l’auteur du propos ait eu les mêmes origines que le destinataire, l’appréciation du propos devant être objective, de plus ni l’humour ni le second degré ne ressortent des échanges conflictuels entre les protagonistes.

Un Arabe ne peut donc pas traiter un autre Arabe de “sale Arabe”.

Source: Le Point

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