Polémique au Sénégal. Mettre des chaînes aux élèves d’écoles coraniques, oui ou non?

Image d'illustration/Human Rights Watch
Image d'illustration/Human Rights Watch

Un maître d’école coranique peut-il impunément maintenir ses élèves enchaînés? Le Sénégal se déchire sur une retentissante affaire confrontant traditions et droits de l’enfant, emprise des confréries religieuses et autorité de l’État.

L’image d’un garçon chaînes aux pieds a déclenché un vif débat dans ce pays ultra-majoritairement musulman.

Le sort de l’enfant et de ses camarades a envoyé leur maître, mais aussi leurs parents, devant le juge. Il a provoqué le saccage d’un tribunal.

L’enfant sur la photo est élève, avec des dizaines d’autres, de la “daara”, une des milliers d’écoles coraniques du Sénégal. Il a été repéré traînant dans la rue le 22 novembre. Le scandale n’aurait pas éclaté si ceux qui l’ont trouvé n’avaient largement diffusé cette image sur les réseaux sociaux, disent de nombreux défenseurs du marabout, le maître coranique.

Selon les associations, “plus de 100 000 enfants seraient forcés de mendier chaque jour par leur maître coranique, sous peine de brimades physiques ou psychologiques“. Beaucoup de ces élèves sont victimes d’abus sévères et de négligences qui ont entraîné la mort d’une quinzaine d’entre eux ces deux dernières années.

Tout cela dans une grande indifférence. Mais, cette fois, les langues se sont déliées, pour accabler ou défendre le marabout et la coutume.

D’autres enfants ont été découverts entravés dans l’école. Le maître, quatre pères et mères ainsi que le forgeron qui a confectionné les chaînes ont été arrêtés. Ils ont comparu mercredi devant le juge, et ont reconnu les faits.

Le maître coranique a expliqué que les parents demandaient qu’on entrave les enfants pour les empêcher de fuguer, certains les amenant déjà entravés.

Les parents en ont convenu. Ils ont déclaré qu’ils voulaient juste que leur fils apprenne le Coran. Tous ont dit qu’ils n’auraient pas agi de la sorte s’ils avaient su que c’était interdit.

Le parquet a requis deux ans de prison, dont deux mois ferme, contre le marabout. Le jugement sera rendu mercredi. Mais quand les dizaines de proches, fidèles et autres maîtres coraniques venus le soutenir ont appris que la justice refusait de relâcher les prévenus avant cette date, ils ont saccagé le tribunal.

C’est un bon maître coranique qui est mis en cause“, a dit Moustapha Lô, président de la Fédération des écoles coraniques, qui compte plus de 22 000 daaras dans le pays. “Il dispense un enseignement de qualité et dans des conditions décentes“.

Enchaîner les enfants ne signifie pas les maltraiter, disent les partisans du maître, c’est une “vieille pratique”.

Source: AFP

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