Décryptage: Chirac était-il de gauche? Autopsie de la politique française

Jacques Chirac/Twitter
Jacques Chirac/Twitter

Ce n’est un secret pour personne: dans sa jeunesse, Jacques Chirac se sentait proche du communisme, au point de distribuer L’Humanité dans les rues de Paris, d’apprendre le russe et de voyager avec enthousiasme en URSS. Mais quel rapport avec l’homme qui, quelques décennies, prétendit incarner la droite française la plus parfaite?

Pour saisir Chirac, il faut comprendre le gaullisme. Et, pour comprendre le gaullisme, il faut savoir que c’est un mouvement politique situé à la fois à droite et à gauche. À droite, parce qu’amoureux de la civilisation occidentale, de l’ordre et du bon sens. À gauche, parce que fasciné par la puissance administrative, l’économie étatisée et les utopies.

Le gaullisme est trop socialisant pour être vraiment de droite, et trop discipliné pour être vraiment de gauche. Pourtant, il n’est pas centriste pour autant: il se considère comme une école de purs et de durs. Bref, c’est une usine à gaz, d’où les débats sans fin sur sa définition.

De cette usine à gaz, Jacques Chirac a fait une machine à retourner sa veste. Il est le vrai inventeur du “en même temps” si cher à Macron. Quand Chirac tapait du poing sur la table contre la bureaucratie le lundi, il engageait de nouveaux fonctionnaires le mardi. Quand il était anti-américain le mercredi, il embrassait chaleureusement le Président des États-Unis le jeudi. Quand il appelait à moderniser les institutions françaises le vendredi, il renforçait le présidentialisme le samedi. Et, le dimanche, il regardait des matches de sumo en buvant une bière mexicaine, tout en se disant plus corrézien que la Corrèze.

Il y avait quelque chose de sympathique dans ce distributeur automatique de changements d’avis. Au moins, avec une si belle capacité à faire la girouette, il ne risquait pas de s’enfermer dans une logique extrémiste.

Hélas, il existe un gaullisme extrémiste, Chirac en a fait une méthode de gouvernement, et la France en paye tous les jours le prix. Cet extrême-gaullisme consiste à dire et répéter à l’infini que toutes les solutions sont bonnes à prendre, toutes, sauf la liberté.

De 1986 à 1988, Premier Ministre de la première cohabitation, il avait fait un sans-faute: privatisant des pans entiers de l’économie, il avait retrouvé un véritable dynamisme français, la catastrophe socialiste de 81-84 en était presque oubliée.

Hélas, la campagne faussement unificatrice de Mitterrand fonctionna parfaitement. Chirac se retrouva marginalisé, se fit humilier lors du débat télévisé, et perdit lamentablement au second tour.

Il eut le plus grand mal à s’en remettre et se jura de ne plus jamais se fier aux idées de la droite moderne. Pire: il se convainquit que les Français détestaient la liberté économique. Quand on trébuche dans la rue, on accuse le trottoir.

Ainsi, quand il fut enfin élu, il passa onze ans à conserver l’étatisme à l’Elysée. Devenu le messie du tiers-mondisme bavard et le pape de l’économie mixte, qui est en réalité un socialisme dilué dans l’eau tiède, il s’inventa un rôle de Mitterrand 2.0. La France s’enlisa dans une médiocrité économique dont elle n’est plus jamais sortie.

Quand le candidat Sarkozy surgit avec un programme libéral, Chirac fit tout son possible pour l’empêcher d’être élu. Quand il se présenta à la réélection en 2012, Chirac s’exhiba, hilare, avec François Hollande.

Un jour, lors d’une réunion à l’Élysée, Chirac lança: “Je n’ai rien de commun avec Nicolas. Il est libéral.” Bernadette lui répondit: “Enfin, Jacques, vous n’êtes pas Lénine, tout de même!” Cette réplique de la première dame de France dit tout de la pensée chiraquienne.

Jacques le Sympathique incarnait une droite plus à gauche que la gauche américaine. Une droite qui aime les ministères pléthoriques, les défilés militaires coûteux et les grands projets irréalisables. Une droite qui crie très fort quand on lui marche sur les pieds, mais qui se laisse couler gentiment, mesure après mesure, loi après loi, dette publique après dette publique, sur la pente du socialisme.

Une droite que l’on voudrait bien voir disparaître au XXIe siècle.

Source: FL24

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