Portrait. Qui est le nouveau ministre Jean-Paul Delevoye, “Monsieur retraites” de Macron?

Emmanuel Macron et son
Emmanuel Macron et son "Monsieur retraites"/Twitter

Le changement, c’est pas maintenant. Vieux briscard, en politique depuis 1972, le haut-commissaire à la réforme des retraites Jean-Paul Delevoye va faire son entrée au gouvernement. Une promotion logique pour ce personnage clef de la Macronie qui s’emploie à déminer le terrain depuis l’automne 2017.

A 72 ans, l’ancien ministre de la Fonction publique (2002-2004) sous Jacques Chirac se retrouvera en première ligne pour défendre devant le Parlement le “système universel” de retraites voulu par Emmanuel Macron.

Il soulagera donc la ministre des Solidarités Agnès Buzyn, déjà mobilisée sur de nombreux fronts (projet de loi de bioéthique, crise des urgences, budget de la Sécu…) sur ce sujet hautement inflammable.

Jean-Paul Delevoye a consulté partenaires sociaux, élus et citoyens pendant 18 mois. “J’ai quasiment fait le tour de France“, plaisantait-il peu avant la publication de son rapport mi-juillet.

“Un travail remarquable” salué fin août par Emmanuel Macron, qui a pourtant remis en cause sa principale proposition, l’instauration d’un âge du taux plein à 64 ans. Un désaveu?

La position d’Emmanuel Macron fait partie du débat“, rétorque Jean-Paul Delevoye, heureux de la preuve de “confiance” que représente sa “nomination”.

En juillet, le haut-commissaire s’était retrouvé conforté par le report de mesures d’économies (durée de cotisation, décote…) qui risquaient de saborder son projet. Auparavant, il avait obtenu la confirmation du maintien de l’âge légal de départ à 62 ans, remis en cause par plusieurs ministres au printemps.

Ce “gaulliste social” revendiqué peut s’appuyer sur une longue expérience politique. Depuis 1972 il est conseiller municipal, maire de Bapaume (Pas-de-Calais), sa ville natale, pendant 30 ans, puis député, sénateur, ministre… Il cumule plus de 80 années de mandats politiques.

Dans son bureau de la toute petite mairie de sa ville de moins de 5 000 habitants, trône un portrait de De Gaulle mais aussi une illustration de Don Quichotte, une reproduction de Guernica de Picasso et une sculpture représentant un poing levé. Pas vraiment une panoplie d’homme de droite.

Car ce négociant en grains, marié avec une pharmacienne, après avoir enchaîné les petits jobs dans l’entreprise de son père, est devenu conseiller général en 1980, avec l’appui d’un élu de gauche qui refusait le Programme commun (socialiste-communiste), mais avec le soutien du RPR.

Il a également présidé l’Association des maires de France pendant 10 ans, de 1992 à 2002, ce qui lui a permis de tisser des liens et de constituer un réseau, à force de parcourir la France urbaine et rurale, centrale et périphérique.

Après la défaite de la droite aux élections européennes de 1999, soutenu par l’Élysée, cet ancien adversaire du traité européen de Maastricht, est en lice pour devenir le leader de la droite. Il brigue en décembre 1999 la présidence du RPR, mais il est battu par Michèle Alliot-Marie, qui recueille 62,7 % des voix des militants au second tour. “Il n’a jamais mouillé sa chemise pour le RPR. Il ne peut surgir de nulle part et devenir n° 1“, remarquait alors François Fillon.

De 2002 à 2004, il est ministre de la Fonction publique, de l’Aménagement du territoire et de la Réforme de l’État dans le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin. Il conduit notamment la reforme de l’ENA et celle de la retraite des fonctionnaires.

Sorti de sa retraite après son éviction fin 2015 de la présidence du Conseil économique, social et environnemental (Cese) pour rallier Emmanuel Macron, Jean-Paul Delevoye s’est d’abord vu confier les rênes de la commission d’investiture pour les élections législatives d’En Marche!, grâce à son caractère transpartisan, illustré par son soutien à un socialiste pour lui succéder à Bapaume et qui a entraîné son exclusion de l’UMP en 2013.

En 2003 déjà, une autre réforme des retraites, celle des fonctionnaires, avait révélé l’habileté du négociateur, capable de ramener les syndicats autour de la table après plusieurs mois de conflit.

La gauche traite les handicaps et gère la douleur sociale; la droite joue sur les potentialités de chaque individu, lequel est porteur de richesses.” Tel est le credo de cet homme consensuel, un peu de gauche, un peu de droite.

Dans la mémoire des Français, Jean-Paul Delevoye restera celui qui, en tant que président du CESE, a jeté à la poubelle la pétition de 700 000 signatures organisée par La Manif pour tous contre le projet de loi de mariage homo.

Détail croustillant, Jean-Paul Delevoye a fait une partie de sa scolarité chez les jésuites au lycée huppé de La Providence, une véritable institution à Amiens. Là même où quelques décennies plus tard un certain Emmanuel Macron rencontrera sa professeur de français, Brigitte Trogneux, cadette de Jean-Paul Delevoye de six ans.

Source: AFP

1 COMMENTAIRE

  1. Un opportuniste à bonne école : les jésuites !!…. On sent le type pépère, qui profite de la vie ….un ” taureau ” paisible aimant bonne table , campagne verdoyante, bourgeoisie
    Un tantinet désuète….l’ homme n’ est pas probablement foncièrement méchant c’ est un jouisseur , un hédoniste de l’ ancien monde qui ne dedaignera pas de confortables charentaises pour une retraite inégalée

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