La Bundeswehr recrute les amateurs de jeux vidéo. Devinez lesquels ne sont pas les bienvenus

Le stand de la l'armée allemande au Gamescom/CC Flickr Bundeswehr
Le stand de la l'armée allemande au Gamescom/CC Flickr Bundeswehr

“Nous recherchons des jeunes spécialisés dans les technologies de l’information. Ceux qui ont le goût de l’informatique frappent à la bonne porte”, dit Nils Feldhoff, chargé de la communication de l’armée allemande. Amateurs de jeux de guerre s’abstenir.

Avec moult soldats en treillis et accessoires technologiques l’armée allemande utilise la Gamescom de Cologne, grand-messe européenne du jeu vidéo, pour tenter de recruter des jeunes talents parmi les visiteurs.

Cependant, la nouvelle Allemagne d’après-guerre et le “patriotisme constitutionnel” obligent, les recruteurs privilégient les informaticiens aux amateurs de sensations militaires fortes.

Comparé à ses voisins directs du salon, prestigieuses universités d’ingénierie, grands constructeurs automobiles ou développeurs de logiciels, le stand imposant de la Bundeswehr avec sa trentaine de militaires présents détonne par son agitation.

Des dizaines de jeunes s’y pressent pour essayer un simulateur de vol en réalité virtuelle d’hélicoptère ou jouer à un jeu de rapidité à deux avec des cases lumineuses à toucher.

L’armée allemande assure toutefois ne pas vouloir profiter de l’engouement de nombreux jeunes pour les jeux de tirs, souvent violents, pour rallier des candidats.

Nous avons une mission éducative claire: nous essayons strictement de séparer le jeu virtuel de la réalité en expliquant aux jeunes intéressés qu’ici ce n’est pas un jeu vidéo“, ajoute-t-il.

Si un joueur “veut devenir militaire car il est intéressé par les armes, ce n’est pas un bon argument“, affirme-t-il. C’est sûr, une armée de chasseurs de Pokemon c’est mieux pour défendre le pays.

Prospectus à la main vantant la possibilité “de faire la différence, même sans uniforme”, Lucas Heilmann, 19 ans, se dit intéressé: “J‘ai répondu à plusieurs questions à propos des différents langages de programmation, des réseaux et bases de données“.

Cette politique de recrutement très active de l’armée allemande est relativement récente dans un pays qui, en raison de son passé nazi, a longtemps été imprégné de culture anti-militariste et où les opérations militaires, notamment à l’étranger, restent peu populaires.

En outre, la Bundeswehr souffre d’une mauvaise image dans l’opinion en raison de son matériel vétuste, du sous-investissement et de divers scandales récents, liés aux dépenses du ministère de la Défense ou à l’influence de l’extrême-droite dans la troupe.

Mais les choses changent. Avec la fin de la conscription en 2011, les militaires doivent désormais largement recruter et la Bundeswehr peine à trouver des talents dans le domaine des technologies de l’information. Le profil de nombreux utilisateurs de jeux vidéo est pour elle séduisant.

Certains militaires ont à l’origine aidé au développement des jeux vidéo. William Higinbotham, qui pendant la Seconde guerre mondiale avait conçu le mécanisme d’allumage de la première bombe atomique et créé l’affichage radar d’un bombardier, a réalisé plus tard en 1958 avec “Tennis for two” un des tous premiers du genre. Un autre jeu, de ping-pong cette fois, “Pong”, a été développé par un ancien militaire.

La Bundeswehr mène désormais des campagnes d’affichage régulières et participe aussi à des salons comme celui des jeux vidéo, où elle espère trouver notamment des recrues pour une de ses missions croissantes: la lutte contre la cybercriminalité.

En revanche, l’autre côté du paravent des militaires, le Renseignement intérieur allemand a installé son propre stand.

Outre les profils d’informaticiens, l’organisme recherche également “des employés pour s’occuper des phénomènes d’extrême-droite et pour l’observation“, précise une porte-parole. “Extrême-droite” englobe en Allemagne tout ce qui va du néo-nazisme au patriotisme bon teint.

Source: AFP

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