En Italie, les vieux briscards de la gauche font des pieds et des mains pour empêcher l’arrivée de Salvini et de la droite au pouvoir

Palais-du-Quirinal/wikimedia
Palais-du-Quirinal/wikimedia

Le président italien consulte pour la deuxième journée consécutive les principaux cadres de la politique transalpine pour tenter de trouver une solution à la crise déclenchée par l’explosion du gouvernement formé par La Ligue de Matteo Salvini et le Mouvement Cinq Etoiles. Tout est mis en œuvre pour empêcher la tenue d’élections qui risqueraient d’être favorables a Matteo Salvini.

Le président Sergio Mattarella, qui a le pouvoir de décision, continuera aujourd’hui ses entrevues avec les formations politiques dont les principales défileront dans son palais du Quirinal de 10h00 jusqu’au soir.

A l’issue de ce ballet, diverses options s’offriront à lui y compris des élections anticipées dès cet automne.

Mais cette perspective ne l’enchante guère car la troisième économie de la zone euro, très endettée et dont la croissance est à l’arrêt, devrait affronter au même moment le périlleux exercice de l’élaboration du budget pour 2020.

De plus, des mesures doivent impérativement être adoptées pour combler un trou budgétaire évalué à 23 milliards d’euros. Mais surtout, des législatives anticipées risqueraient de renforcer encore Matteo Salvini qui est soutenu par une partie de plus en plus grande des Italiens.

La crise italienne “se produit dans une phase critique pour l’Europe avec un risque de récession en Allemagne, l’installation d’une nouvelle Commission à Bruxelles et pourrait contribuer à détériorer sensiblement la confiance dans la zone euro“, a estimé Andrea Montanino, chef économiste de la fédération patronale Confindustria.

Le scénario le plus probable est celui d’une nouvelle majorité.

La première formation de gauche, le Parti démocrate (PD), qui représente environ 20% des suffrages, a proposé dès mercredi une alliance au Mouvement 5 Etoiles, après 14 mois de gestion commune avec Matteo Salvini.

Le M5S n’a pas répondu immédiatement, laissant planer le doute. Même si, compte tenu de son affaiblissement – il est tombé de 32% au printemps 2018 à environ 15/16% – retourner aux urnes dès maintenant serait de l’ordre du suicide, selon les analystes.

Au Parlement toutefois, les Cinq Etoiles sont toujours “le premier parti” disposant d’une “majorité relative” sur laquelle bâtir un nouveau pacte de gouvernement.

Le PD de Nicola Zingaretti a posé cinq conditions pour un mariage de l’ensemble de la gauche avec le M5S, une formation fondée sur le rejet de la vieille classe politique et de la corruption mais traversée par des courants disparates, dont une forte tendance eurosceptique.

Outre “une appartenance loyale à l’Europe“, le respect de la “centralité du Parlement“, un développement en phase avec l’environnement, un changement de cap radical dans la gestion des migrations et un virage économique vers davantage de redistribution et d’investissements, le PD exige en outre que le prochain exécutif ne soit pas dirigé par le Premier ministre sortant Giuseppe Conte.

Même si Giuseppe Conte est très populaire en Italie (avec une cote de 54% en juillet) et que les Cinq Etoiles le considèrent comme un “serviteur de la Nation dont l’Italie ne peut se passer”, Nicola Zingaretti lui reproche d’avoir accepté sans protester pendant ses 14 mois de mandat la politique de lutte contre l’immigration de Matteo Salvini.

Les autres noms évoqués sont ceux du président de la Chambre des députés, Roberto Fico du M5S, jugé trop à gauche par certains Cinq Etoiles, ou l’ancien juge anti-corruption Raffaele Cantone.

Pour favoriser cette combinaison dont il a eu l’idée, l’ancien Premier ministre Matteo Renzi, qu’une bonne partie des Cinq Etoiles rejette, a déjà dit qu’il resterait en retrait.

Une autre hypothèse verrait la formation d’une majorité extra-large et pro-européenne, rassemblant la gauche et la droite, à la manière des coalitions allemandes.

L’ancien président de la Commission européenne Romano Prodi, ex-Premier ministre, a proposé un tel gouvernement “Ursula”, du nom de la nouvelle présidente de la Commission de Bruxelles Ursula von der Leyen.

L’exécutif pourrait être élargi à Forza Italia, le parti de centre-droit de Silvio Berlusconi, très affaibli ces derniers temps, mais qui peut offrir de précieux sièges au Parlement.

Un peu inquiet que le Cavaliere, arrivé à Rome mercredi soir pour une réunion d’état-major, ne soit tenté par cette bouée de sauvetage, Matteo Salvini a mis en garde son vieil allié: “Quiconque s’alliera avec le PD, n’ira plus au gouvernement avec la Ligue“.

Tout semble donc être mis en œuvre par les vieux routiers de la politique italienne pour éviter des élections législatives à l’automne, celles-ci risquant de donner une majorité au moins relative à la Ligue de Matteo Salvini qui, allié à la droite conventionnelle, serait en mesure de proposer un gouvernement patriote.

Source: AFP

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