Syrie: nouvelles tensions entre Damas et Ankara

Convoi turc bombardé/DR
Convoi turc bombardé/DR

Les forces gouvernementales syriennes ont repris aujourd’hui lundi, leur progression au nord de Khan Cheikhoun, une ville stratégique de la région d’Idleb où la présence d’un convoi turc stoppé par l’armée syrienne, a suscité une montée des tensions entre Damas et Ankara.

Les troupes du gouvernement de Bachar al-Assad, aidées par leur allié russe, sont parvenues dimanche soir à pénétrer dans le nord-ouest de Khan Cheikhoun.

Mais, en réaction, “des véhicules turcs chargés de munitions ont pris la direction” de cette ville-clé “pour secourir les terroristes“, a dénoncé lundi matin une source du ministère syrien des Affaires étrangères, citée par l’agence officielle Sana.

Ce comportement hostile du régime turc n’affectera en aucun cas la détermination syrienne“, a-t-elle dit.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), qui dispose d’un vaste réseau de sources sur le terrain, des raids russes et syriens ont rapidement été menés en aval de ce convoi pour tenter de l’empêcher de poursuivre sa route, tuant trois combattants rebelles islamistes pro-turcs.

La Turquie a “fermement” condamné cette attaque. Dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères a jugé l’incident “en contradiction avec les accords existants, la coopération et le dialogue avec la Russie“.

La majeure partie de la province d’Idleb et des segments des provinces voisines d’Alep, de Hama et de Lattaquié échappent encore au contrôle du gouvernement syrien du président Bachar al-Assad, après huit années de conflit.

Cette région, qui est le domaine du groupe jihadiste Hayat Tahrir al-Cham (HTS, ex-branche syrienne d’Al-Qaïda) mais qui abrite aussi d’autres groupes rebelles islamistes soutenus par la Turquie, est la cible depuis fin avril de bombardements quasi quotidiens.

Après trois mois d’intenses affrontements dans le nord de la province de Hama, les forces loyalistes avancent depuis quelques jours dans le sud d’Idleb, et sont donc entrées dans Khan Cheikhoun, pour la première fois depuis 2014.

Lundi après-midi, d’après l’OSDH, elles ont repris leur avancée, et mis la main sur une partie de l’autoroute située au nord de Khan Cheikhoun. Cette progression leur a permis de bloquer le passage au convoi turc, selon la même source.

Ce convoi, composé d’environ 50 véhicules militaires, a été vu s’arrêtant sur cette autoroute reliant Damas à Alep au niveau du village de Maar Hattat, au nord de Khan Cheikhoun. Des raids aériens visaient des zones à proximité, selon la même source.

Depuis quelques jours, les forces gouvernementales cherchent en fait à progresser sur deux axes, selon le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.

Le premier objectif consiste à élargir leur contrôle jusqu'”au nord de la ville (de Khan Cheikhoun) pour mettre la main sur l’autoroute stratégique” reliant Damas à Alep, a affirmé Rami Abdel Rahmane.

Le second vise à avancer vers Khan Cheikhoun depuis l’est, ce qui permettrait d’imposer notamment un siège à la ville de Morek (dans le nord de la province de Hama), où se trouve le principal poste d’observation turc.

Lundi, de violents combats ont eu lieu autour de Tell Teri, une colline stratégique à l’est de Khan Cheikhoun, a indiqué Naji Moustafa, le porte-parole du Front national de libération (FNL), une coalition de groupes rebelles soutenus par Ankara et issue de plusieurs mouvements proches des Frères musulmans.

Au nord de la ville, des bombardements aériens intensifs ont visé l’autoroute, selon différentes sources.

Dans ce contexte, le président français Emmanuel Macron, qui recevait son homologue russe Vladimir Poutine, a exhorté le régime de Damas et son allié russe à respecter le cessez-le-feu à Idleb.

Cette région est censée être protégée par un accord sur une “zone démilitarisée”, conclu en septembre 2018 par Ankara, parrain des rebelles, et Moscou. Mais cet accord n’a été que partiellement appliqué, les jihadistes soutenus par Ankara ayant refusé de se retirer.

Selon l’analyste Nawar Oliver, du centre Omran basé en Turquie, les derniers développements révèlent l’existence d’un “désaccord” entre les deux parrains du texte.

La Turquie “refuse que soit menacée la sécurité de ses militaires ou qu’ils se retrouvent à la merci du régime et de la Russie“, a-t-il ajouté.

Ankara possède plusieurs postes d’observations à Idleb et dans ses environs, en vertu d’accords conclus par le passé avec Moscou.

Déclenchée en 2011 par une tentative de déstabilisation des institutions légales par des activistes sunnites, la guerre en Syrie s’est complexifiée au fil des ans, avec l’entrée en jeu de plusieurs puissances étrangères.

Elle a fait plus de 370 000 morts en huit ans et jeté sur les routes de l’exil des millions de personnes.

Ces dernières années, le régime de Damas a réussi à reconquérir plus de 60 % du pays, notamment grâce au soutien de la Russie et de l’Iran.

Source: AFP

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