En Italie, l’enterrement de la coalition MS5-Ligue, et après?

Di Maio, Conte et Salvini, il y a peu de temps/DR
Di Maio, Conte et Salvini, il y a peu de temps/DR

Demain mardi 20 août, l’actuel Premier ministre italien devrait officialiser la mort du gouvernement de coalition, lors d’une intervention programmée devant le Sénat et très probablement présenter sa démission au président de la République. Le gouvernement dit “populiste” n’aura pas résisté aux dissensions entre le chef de la Ligue Matteo Salvini et ses alliés du Mouvement 5 Etoiles.

Tous les yeux seront fixés à 15h00 sur Guiseppe Conte, qui pourrait devant le Sénat se lancer dans une charge virulente contre Matteo Salvini, son vice-Premier ministre nationaliste, après 14 mois de gouvernance inédite.

Selon toutes probabilités, Guiseppe Conte devrait, une fois son discours prononcé, aller présenter sa démission au président Sergio Mattarella, sonnant alors la fin du 65e gouvernement de la République italienne et ouvrant la voie à des consultations pour former un nouveau gouvernement.

Matteo Salvini, qui prendra aussi la parole devant les sénateurs, pourrait tenter de nouveau de renverser le gouvernement en proposant une motion de censure, même si cette démarche a peu de chances de l’emporter numériquement.

Le 8 août, il a fait voler en éclats l’alliance entre son parti et le Mouvement Cinq Etoiles (M5S, anti-système) de Luigi Di Maio. Se disant fatigué des disputes avec son allié, opposé par exemple à de grands chantiers comme le TGV Lyon-Turin, il a constaté qu’il n’y avait plus de majorité et réclamé des élections dès l’automne, fort de sa popularité dans les sondages (36 à 38 % des intentions de vote) et dans l’opinion italienne.

Mais Giuseppe Conte, un avocat inconnu du grand public propulsé l’an dernier à la tête du gouvernement, a manœuvré en réclamant que la procédure se déroule devant le Parlement.

Et ces derniers jours, il est sorti de sa réserve, fustigeant le refus de Matteo Salvini de faire débarquer les immigrés se déclarant mineurs du navire de l’ONG espagnole Open Arms.

Contre toute logique, la partition se joue désormais entre le M5S et le Parti démocrate (PD, centre gauche), à la recherche d’une alliance pour faire barrage au chef de la Ligue.

Matteo Salvini a appelé dimanche soir ses partisans à se mobiliser et à manifester contre une telle perspective. “Nous serons pacifiquement dans la rue“, a-t-il averti lors d’un meeting, expliquant qu’il faudrait “passer sur son corps” pour parvenir à une alliance entre M5S et le PD, avec l’ex-Premier ministre Matteo Renzi à la manœuvre.

Ne fermant pas totalement la porte à une réconciliation, Matteo Salvini a adouci le ton à l’égard du chef du gouvernement: “Conte reste mon Premier ministre et mon téléphone est toujours allumé“.

Le fondateur du M5S, l’humoriste Beppe Grillo, a réuni les principaux cadres du M5S dimanche dans sa maison de campagne et rejeté les tentatives de réconciliation de Matteo Salvini, qualifié “d’interlocuteur non fiable“.

De son côté, Romano Prodi, ancien chef du gouvernement et ex-président de la Commission européenne, a proposé de former une “coalition pro-européenne” qui pourrait unir le PD, M5S et Forza Italia, le parti de centre-droit de Silvio Berlusconi, pour permettre une “réinsertion de l’Italie comme membre actif de l’Union européenne“.

Il a été jusqu’à baptiser un tel exécutif similaire aux grandes coalitions à l’allemande, “Ursula”, en référence à la nouvelle présidente allemande de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui a réuni les eurodéputés des trois partis lors du vote de son investiture.

Pendant ses 14 mois au ministère de l’Intérieur, Matteo Salvini a sillonné le pays, afin de rester au contact des réalités vécues par les Italiens.

Ses messages martelés également sur les réseaux sociaux sur des thèmes porteurs – arrêt des arrivées des immigrés clandestins, dénonciation d’une justice trop laxiste envers les délinquants, priorité économique aux Italiens – lui ont permis de s’envoler dans les sondages et de rester au centre de l’attention.

Face à lui, Luigi Di Maio, jeune Napolitain de 33 ans, chef inexpérimenté et peu charismatique de M5S, dans la peau d’un ministre du Développement économique ne tenant pas toutes ses promesses, a perdu sans cesse de la crédibilité et du terrain dans les sondages.

Toutes les possibilités sur le prochain gouvernement italien sont encore sur la table et les combinaisons possibles sont nombreuses. Il est évident qu’une grande partie de la classe politique est prête à toutes les compromissions pour tenter de marginaliser les patriotes italiens et les écarter de la gestion des affaires.

Source: AFP

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