L’enquête sur l’attentat de Nice embarrasse les autorités qui fuient leurs responsabilités

Trois ans après l’attentat de Nice, des juges enquêtent sur le fiasco sécuritaire pour déterminer les failles du dispositif ce jour là.

Deux enquêtes sont ouvertes après l’attentat du 14 juillet 2016, une sur l’action du terroriste Mohamed Lahouaiej Bouhlel et de ses complices, l’autre sur les mesures de sécurité le soir de l’attentat.

Concernant la première enquête, la cour d’assises spéciale juge un petit nombre de complices présumés, et doit évaluer quelle était leur connaissance des projets de Mohamed Lahouaiej Bouhlel dont ils étaient proches, et si certains réparaient d’autres attaques.

Le seconde enquête est plus embarrassante car elle porte sur les responsabilités de l’Etat et des collectivités territoriales dans cette faillite sécuritaire. C’est d’autant plus douloureux que l’Etat s’est révélé incapable de remplir sa première prérogative à savoir protéger la population.

L’occasion de rappeler que dès le 14 juillet 2016, une vive polémique avait éclaté entre la Mairie de Nice et l’Etat sur les dispositifs de sécurité. Et en avril 2017, une instruction pour “mise en danger d’autrui par violation d’une obligation de sécurité” était ouverte à Nice après le dépôt d’une plainte avec constitution de partie civile par Me Yassine Bouzrou, avocat de la famille de Yannis, mort à 4 ans. Les deux juges d’instruction niçois en charge du dossier, Alain Chemama et Chantal Russo, considèrent désormais les faits sous l’angle “d’homicide et blessures involontaires”. La plainte réunit quelques 150 parties civiles.

Les questions que se posent les enquêteurs et les magistrats s’adressent à tous les pouvoirs publics. L’enquête pointe l’absence de plots protégeant la promenade des Anglais, ce soir-là. Sans même parler d’un barrage en bonne et due forme. Même interrogation quant à la décision de renoncer, quelques jours avant la fête, à la mise en place d’un dispositif de sécurité “fermé”avec filtrage du public et mise en place de barrières.

La vidéosurveillance, très développée à Nice à l’initiative de la Mairie, a été également au cœur de la polémique. Dans les jours précédant l’attentat, Mohamed Lahouaiej Bouhlel a circulé à plusieurs reprises sur la promenade des Anglais, s’arrêtant, empiétant sur les trottoirs, feux de détresse allumés, sans jamais être repéré.

En 2016, la patronne de l’IGPN, Marie-France Moneger-Guyomarc’h, a été auditionnée durant près de deux heures par les membres de la commission des Lois. C’est elle qui, dès le 27 juillet, avait affirmé que le dispositif de la Prom’ Party “n’était pas sous-dimensionné” et qu’il avait été bâti “sur la base d’une appréciation globale de la menace terroriste privilégiant l’hypothèse d’agresseurs piétons et armés s’en prenant à la foule”.

Ce qui reconnaissait implicitement que l’hypothèse d’un véhicule fonçant dans la foule avait été écartée. L’IGPN notait d’ailleurs: “Quant à un possible forcement du dispositif par un véhicule bélier, ni la nature de l’événement, ni la configuration des lieux, ni des alertes d’aucune sorte n’ont conduit la préfecture, la direction départementale de la sécurité publique et la Mairie à travailler sur cette hypothèse.”

Pourtant les français avaient déjà été victimes d’attentats islamiques à la voiture-bélier, notamment lors des marchés de Noël. Le rapport de l’IGPN est donc l’aveu d’une incapacité des services de sécurité d’assurer l’intégrité physique de ses citoyens, une nouvelle d’autant plus préoccupante que les pouvoirs publics ne reconnaissent pas leur propre faillite, et ne prennent pas leurs responsabilités dans tout ce fiasco.

Il y a bien eu des manquements à la sécurité comme l’indique le député Eric Ciotti, lors de l’audition parlementaire du mardi 6 septembre 2016 où selon lui les éléments font : “très clairement apparaître le sous-dimensionnement des effectifs mobilisés pour le 14 Juillet à Nice. Effectifs dont les autorités locales avaient d’ailleurs réclamé qu’ils puissent être renforcés par une unité de force mobile. Mais elle avait été affectée à Avignon où le président de la République était en déplacement. Un choix qui apparaît particulièrement inopportun”, assène l’élu des Alpes-Maritimes.

Source : Le Figaro, Nice Matin

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