Internet au pays des Soviets. Une nouvelle loi “contre la haine” pour contrôler Internet

Assemblée nationale/Wikimedia Commons
Assemblée nationale/Wikimedia Commons

Les députés français devraient adopter ce mardi une énième loi liberticide. Certains dans un élan de lucidité s’inquiètent malgré tout du flou qui entoure la notion de “haine”, mais le gouvernement s’acharne et tient à contrôler chaque mot sur Internet.

C’est une obsession omniprésente ces dernières années, Internet serait coupable de laisser ses utilisateurs libres de leurs propos. En cause cette liberté d’expression qui serait selon ses détracteurs une place publique pour la “haine”. Rien que ça !

Ainsi, l’Assemblée s’apprête à réglementer une fois de plus le contenu d’Internet. Cette proposition de loi est à l’initiative de Laetitia Avia, députée de LREM qui prend prétexte d’attaques la concernant pour contrôler l’expression sur l’Internet français : ce texte “porte en [lui] mon histoire, celle d’une femme qui n’accepte plus d’être insultée et traitée de négresse sur les réseaux sociaux”.

La loi qui doit être votée ce mardi est inspirée de la censure allemande. Elle consiste à obliger les plateformes numériques (Facebook, Twitter, Youtube, etc…) à retirer en moins de 24 heures les propos “manifestement” haineux; dans le cas contraire, une lourde amende sera infligée.

Utilisateurs de réseaux sociaux, vous voilà prévenus! “À vous, mes chers trolls, haters, têtes d’œuf anonymes qui vous croyez seuls, cachés derrière vos écrans, vous qui êtes infiniment petits et lâches, sachez que nous nous battrons pour vous trouver et vous mettre face à vos responsabilités”, a menacé Laetitia Avia devant ses collègues députés.

L’ironie du sort, c’est François Ruffin, de la France Insoumise, qui met en garde sur les dérives que permettra cette loi : “Vous confiez la censure à Google, à Facebook, à Twitter – une censure privée, surtout. Pire: une censure technologique”. C’est vrai ça! Si la censure était publique ça changerait toute la donne, comme au bon vieux temps de l’ORTF…

Malgré ce climat délétère, des élus d’autres bords ont pointé le risque que les réseaux sociaux ne se livrent à de la “sur-censure”, ou que pour éviter la lourde amende, les plateformes n’hésiteront pas à abuser de la censure sans tenir compte du contexte, quel qu’il soit.

Les protestations se font entendre jusqu’au-delà de l’Assemblée. Deux associations de résistants juifs ont écrit au Premier ministre Édouard Philippe pour dénoncer la dérive de cette initiative. “Sous prétexte de la lenteur du système judiciaire, loin, comme il se devrait, de transférer vers une autorité publique indépendante spécifique le soin de décider du retrait de propos haineux, le texte en discussion délègue aux plateformes Internet elles-mêmes l’effacement de ces propos”, écrivent ces deux associations (la Mémoire des Résistants juifs de la MOI et l’Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide). C’est d’autant plus ironique que c’est à l’occasion de son discours devant le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), au mois de février dernier, qu’Emmanuel Macron avait annoncé une loi contre les dérives sur Internet.

Face à cette levée de boucliers, le gouvernement s’entête. “C’est à la justice, toujours indépendante, qu’il revient de déterminer si un contenu est légal ou illégal – et à elle seule”, rappelle le secrétaire d’État au Numérique Cédric O.

Soyons rassurés, un parquet spécialisé dans la lutte en ligne sera mis en place. Les géants du numérique seront astreints d’instaurer des instruments de retrait des contenus illicites. “Si un contenu haineux passe, l’État ne sanctionnera pas mais vérifiera que le dispositif de retrait existe et que tout est mis en œuvre pour qu’il soit opérationnel”, selon Bercy.

L’erreur serait donc permise mais les réseaux sociaux ont tout de même fortement intérêt à disposer de ces moyens, sans quoi il en coûtera cher.

Il ne reste plus qu’à savoir ce qui doit être supprimé. “Ce qui compte, c’est le champ des infractions pénales (…) celles qui existent déjà”, a mentionné la garde des Sceaux, Nicole Belloubet. Les propos concernés sont donc ceux qui sont interprétés comme relevant du racisme, de l’antisémitisme, de l’homophobie, etc… Et cela a été étendu à l’initiative de Philippe Dunoyer, député UDI, à l’apologie des crimes contre l’humanité, sans toutefois englober le négationnisme, ce qui a enflammé l’Assemblée.

Au point où on en est, le ridicule ne tuant pas, le député LR, Marc Le Fur a souhaité ajouter “la stigmatisation des activités agricoles” et “l’incitation à des actes d’intrusion et/ou de violence vis-à-vis des professionnels de l’agriculture, de l’élevage”. Sans succès cette fois. Probablement la minorité paysanne n’est pas une victime digne d’intérêt pour le reste des élus…

Source: Le Figaro/Assemblé nationale

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